Deux fiches de paie, un même mois, un écart en sens inverse : voilà exactement ce qui explique cette histoire. Ce n’est ni une erreur de l’employeur, ni un bug de logiciel de paie. Depuis septembre 2025, le fisc a changé la manière dont il répartit l’impôt entre conjoints mariés ou pacsés, et ce changement continue de produire ses effets à chaque actualisation annuelle, y compris celle de septembre 2026.
À retenir
- Votre paie a changé sans avertissement ? C’est normal depuis septembre 2025
- Un conjoint paie plus, l’autre moins : la mécanique exacte de ce phénomène
- Vous pouvez revenir à l’ancien système en quelques clics si vous le souhaitez
Le fisc a cessé de traiter les couples comme un seul portefeuille
Jusqu’à l’été 2025, un couple marié ou pacsé se voyait appliquer un taux de prélèvement unique, calculé sur l’ensemble des revenus du foyer. Peu importait que l’un gagne 1 800 € et l’autre 3 400 € : le même pourcentage s’appliquait aux deux fiches de paie. Concrètement, celui qui gagnait le moins payait proportionnellement plus que s’il avait été imposé seul, et celui qui gagnait le plus payait moins que sa situation réelle ne l’aurait justifié. Ce taux de prélèvement à la source du foyer fiscal était différent de celui que supporterait chaque conjoint sur ses revenus personnels s’il était célibataire : il était plus élevé pour le conjoint qui perçoit les revenus les plus faibles ; et, inversement, plus faible pour le conjoint qui perçoit les revenus les plus élevés.
Pour corriger ce déséquilibre, l’administration a basculé vers un taux individualisé par défaut. Depuis septembre 2025, les couples mariés ou pacsés soumis à imposition commune se voient appliquer par défaut un taux individualisé, un mécanisme prévu par la loi de finances pour 2024 qui permet de mieux répartir le paiement de l’impôt selon les revenus propres de chaque membre du couple. Et surtout, aucune démarche n’était nécessaire : le changement s’est fait automatiquement, sans notification particulière au-delà d’une ligne noyée dans l’avis d’imposition.
Ce basculement explique très précisément le scénario vécu par ce couple. Mieux rémunérés que leur épouse ou partenaire dans 8 cas sur 10, les hommes supportent désormais un taux de prélèvement individualisé plus élevé que celui de leur foyer, et paient donc davantage d’impôts qu’auparavant, tandis que la plupart des femmes mariées ou pacsées bénéficient d’un taux de prélèvement en baisse. Un salaire qui augmente de 74 € de prélèvement pendant que l’autre baisse d’autant, ce n’est donc pas une coïncidence statistique. C’est la mécanique voulue par la réforme, qui répartit différemment un même montant d’impôt total.
Comment ce nouveau taux est calculé, concrètement
Le taux individualisé ne se limite pas au salaire brut de chacun. Cette solution s’adresse aux couples soumis à imposition commune qui disposent de revenus hétérogènes, et permet à celui disposant des revenus les plus faibles de ne pas être imposé au taux moyen du couple. Ce taux individualisé intègre ses propres revenus (salaire, retraite…), ainsi que la moitié des revenus des biens communs. un compte-titres commun ou un bien locatif détenu à deux compte pour moitié dans le calcul de chacun, mais le salaire, lui, reste strictement personnel dans l’équation.
Point important, et souvent mal compris : la somme globale versée au fisc par le foyer ne change pas d’un centime. La somme totale d’impôt due par le foyer reste inchangée, seule la manière dont elle est répartie entre les conjoints évolue. Le couple qui a vu 74 € de plus d’un côté et 74 € de moins de l’autre paie donc, au global, exactement la même chose qu’avant. C’est juste la répartition mensuelle sur chaque bulletin de salaire qui a changé de logique.
Ce mécanisme n’est pas figé une fois pour toutes : il se remet à jour chaque année. Le nouveau taux est le dernier temps d’une séquence qui se répète chaque année : au printemps, le contribuable remplit sa déclaration de revenus ; au cours de l’été, l’administration établit l’avis d’impôt ; en septembre, le taux est rafraîchi pour ajuster, sur les douze mois à venir, le prélèvement retenu mensuellement. ce même scénario d’écarts entre conjoints peut se reproduire chaque rentrée, à des montants différents selon l’évolution des salaires respectifs.
Reprendre la main : ce qu’on peut encore choisir
La bonne nouvelle, c’est que ce taux individualisé n’a rien d’obligatoire. Un couple peut parfaitement demander à revenir au taux commun s’il préfère cette logique de mutualisation. Le taux personnalisé (commun) est appliqué aux couples qui souhaitent conserver un taux commun sur l’ensemble des revenus du ménage, un choix pertinent lorsque les écarts de revenus sont faibles entre conjoints. La démarche se fait directement en ligne, sans justificatif à fournir : il suffit de se connecter à son espace personnel sur impots.gouv.fr, puis d’accéder au service baptisé « Gérer mon prélèvement à la source ». Une fois la demande validée, le taux appliqué peut être actualisé quasi immédiatement.
Pour un couple avec des salaires proches, la question ne se pose presque pas : l’écart de taux entre individualisé et commun reste marginal. Mais quand l’un gagne nettement plus que l’autre, l’effet sur la trésorerie mensuelle peut être significatif, particulièrement pour un foyer qui compte sur deux salaires équivalents pour boucler un budget serré. Vérifier son taux personnel prend cinq minutes sur le site des impôts, et évite justement la mauvaise surprise sur une fiche de paie.
Un détail à ne pas perdre de vue : cette réforme ne touche que les revenus déclarés en commun, salaires et pensions notamment. Les revenus indépendants, fonciers ou pensions font l’objet d’une gestion via le même service « Gérer mon prélèvement à la source », qui permet aussi de signaler un changement de situation. Et pour les couples qui viennent de se pacser ou de se marier récemment, ce taux individualisé s’applique dès la première actualisation suivant leur déclaration commune, sans période de transition particulière.
Sources : bdor.fr | groupecgo.fr