« Cinq bocaux pour moins que le prix d’un seul » : pourquoi les habitués attendent la dernière demi-heure du marché d’août pour acheter leurs courgettes

Cinq bocaux de courgettes marinées pour le prix d’un seul acheté à 11 heures du matin. Ce n’est pas une légende urbaine de marché, mais une réalité chiffrée qui se répète chaque été sur les étals français, et particulièrement en ce mois d’août où la courgette bat des records de production.

Le mécanisme tient en une phrase : trop de courgettes, pas assez d’acheteurs à midi tapante. La France, origine majeure, est en pleine période de récolte de juin à septembre, et les données du Réseau des Nouvelles des Marchés de FranceAgriMer pour juillet 2026 indiquent des prix pour la courgette verte biologique française autour de 1,13 à 1,40 €/kg sur les marchés d’expédition et de gros, reflétant une offre abondante. Un chiffre à mettre en perspective : c’est presque trois fois moins que la moyenne annuelle relevée sur les mercuriales professionnelles. Autant dire que le producteur qui arrive au marché avec deux cagettes pleines sait, dès le matin, qu’il ne les vendra pas toutes au tarif affiché.

À retenir

  • Pourquoi une seule courgette coûte-t-elle parfois le prix de cinq à midi ?
  • Les producteurs redoutent ce moment précis où les prix dégringolent
  • Existe-t-il d’autres tactiques que le marché pour trouver des légumes à bas prix ?

Pourquoi la courgette déborde justement en août

La plante n’a pas vraiment de calendrier discret. Un seul pied de courgette, bien arrosé et sous soleil de plomb, peut produire deux à trois fruits par jour pendant des semaines. Résultat ? Les jardins familiaux tournent à plein régime au moment même où les exploitations professionnelles atteignent leur pic de récolte. La pleine saison française s’étend de juin à octobre, avec un pic en juillet-août. Ajoutez à cela un contexte de vacances où la demande mollit un peu, et vous obtenez la formule parfaite pour un marché saturé.

D’ailleurs, ce phénomène n’est pas nouveau. Le contexte commercial est par ailleurs décrit comme atone par le RNM, avec une demande limitée en raison des départs en vacances et de la fin de mois, contribuant à la reconduction ou à une pression baissière sur les prix. Traduction : moins de monde fait ses courses en pleine canicule d’été, mais les champs, eux, continuent de produire comme si de rien n’était. Le paradoxe est presque comique : le mois où tout le monde a le temps de cuisiner des ratatouilles est aussi celui où les courgettes finissent parfois à la benne.

La dernière demi-heure, ce moment où tout bascule

Les habitués du marché le savent, ils arrivent volontairement en retard. Pas par flemme, mais par calcul. La même logique s’applique aux marchés de plein air. Les fins de marché, souvent aux alentours de 13 h, permettent de récupérer des invendus à des prix parfois divisés par deux. Le raisonnement du maraîcher est simple : mieux vaut vendre à perte que remballer des kilos de courgettes qui ne survivront pas au trajet retour sous 35 degrés dans le camion.

Les commerçants préfèrent vendre à bas prix plutôt que de remballer. C’est cette logique économique, brute et sans sentiment, qui explique les prix cassés de fin de marché. Un producteur qui a investi son temps, son carburant et sa place de stand ne va pas ramener sa marchandise à la ferme pour la composter. Autant la céder à prix sacrifié, quitte à perdre sur la marge, plutôt que de tout perdre.

Reste que cette stratégie demande un peu de patience, et surtout d’accepter de ne pas avoir le choix des plus beaux calibres. Il faut avoir conscience que les fruits, légumes les plus demandés seront déjà partis, qu’il vous restera principalement des invendus. Ne pas être trop exigeant est donc nécessaire. Pour des courgettes destinées à être râpées, transformées en soupe ou marinées en bocaux, franchement, personne ne remarquera qu’elles étaient un peu tordues.

Les autres pistes pour éviter le gaspillage… et l’addition

Le marché n’a pas le monopole de l’invendu à petit prix. Les applications anti-gaspillage ont largement démocratisé cette chasse aux surplus. Les applications comme Too Good To Go ou Phenix fonctionnent sur un principe simple. Un magasin fruits et légumes près de chez vous signale ses invendus du jour. On réserve, on paie une fraction du prix, on récupère à l’heure indiquée. Simple, efficace, et redoutablement addictif une fois qu’on a goûté au principe.

Certains producteurs vont plus loin en organisant carrément la revente de leur surproduction via des structures spécialisées. C’est le cas d’un exploitant du sud de la France qui a trouvé un débouché pour écouler ses invendus : « C’est un bon débouché qui m’a permis d’écouler surtout des courgettes pour un chiffre d’affaires de 30 000 €, soit 1 % de mon chiffre d’affaires total. » Un pourcentage qui paraît modeste, mais qui représente des tonnes de légumes qui, sans cette filière, auraient fini au compost plutôt que dans une assiette.

Pour les acheteurs qui préfèrent le contact direct avec le producteur, une autre option existe : demander directement sur place. À la fin des marchés, beaucoup de produits restent en surplus, notamment des fruits et légumes. Se rendre dans un marché juste avant que les étals soient remballés permet d’éviter que ces produits soient jetés, en les achetant souvent à un bon prix. Le site Jours de marché permet même de repérer les horaires exacts de chaque marché près de chez soi, histoire de ne pas arriver trop tôt et de rater le moment fatidique du grand déstockage.

Un dernier détail change tout selon la région : les prix de gros à Rungis, eux, racontent une histoire différente. En juillet 2026, la courgette jaune a connu une envolée spectaculaire à cause d’une météo capricieuse, avec une hausse de plus de 130 % sur trois mois pour ce créneau spécifique. Une preuve, s’il en fallait une, que tous les circuits de vente ne réagissent pas de la même façon face à la même récolte : ce qui déborde sur l’étal d’un maraîcher local peut, à quelques kilomètres de là, se négocier au prix de l’or vert dans les halles professionnelles.