« Ne revenez pas en octobre pour ça » : la réponse d’un employé Gamm vert quand j’ai demandé pourquoi les vivaces étaient démarquées mi-septembre

Mi-septembre, les tables extérieures des jardineries se couvrent d’étiquettes rouges : moins 30 %, moins 50 % sur les vivaces. La raison tient en une phrase, glissée par un vendeur Gamm Vert entre deux chariots de godets : le rayon doit se vider avant l’arrivée des chrysanthèmes de la Toussaint.

J’étais venu acheter deux ou trois pieds de sauge pour combler un trou dans une bordure. Devant les bacs à moitié dégarnis, j’ai demandé pourquoi tout était soldé alors qu’on m’avait toujours dit que l’automne était la meilleure saison pour planter des vivaces. Réponse sèche, presque amusée : « Ne revenez pas en octobre pour ça, il n’y aura plus rien. »

Le message était clair.

Derrière cette phrase se cache une logique purement logistique. Les jardineries tournent leur assortiment plusieurs fois par an, et la vivace d’été (lavande, gaura, pérovskia) doit céder sa place aux plantes de saison suivante. Le rayon vivaces ne se réapprovisionne pas en octobre : il se referme, remplacé par les potées fleuries de fin d’année.

À retenir
  • Les vivaces sont démarquées mi-septembre pour libérer la place aux chrysanthèmes de Toussaint, avec un délai de trois semaines avant le réapprovisionnement du printemps
  • L’automne de fin septembre à octobre est la meilleure période pour planter les vivaces grâce à la chaleur du sol et à l’humidité régulière
  • Les vivaces à floraison printanière se plantent en automne, contrairement aux vivaces estivales qui préfèrent le printemps

Pourquoi la démarque tombe précisément mi-septembre

Le calendrier commercial des jardineries généralistes suit un rythme très serré. Gamm Vert, comme la plupart des enseignes du secteur, propose des prix intéressants sur des arbustes, des plantes vivaces et des plantes de terre de bruyère dans sa rubrique « bonnes affaires », précisément à cette période de bascule entre deux saisons de vente. L’enseigne rappelle elle-même que l’automne est à la récolte et à la plantation des arbres, à la Sainte Catherine, tout arbre prend racine, un dicton qui vaut aussi pour les massifs de vivaces.

Le vendeur ne mentait donc pas. Une fois les palettes de chrysanthèmes livrées, généralement dans les tout premiers jours d’octobre, les tables extérieures changent de contenu. Ce qui n’a pas trouvé preneur file en jardinerie low-cost, en compost ou, dans le meilleur des cas, en réserve pour l’année suivante, sans garantie de retrouver la même variété.

Trois semaines. C’est souvent la fenêtre réelle de la démarque.

Le stock n’est pas reconstitué pendant cette période, il s’épuise simplement au rythme des achats des clients qui, comme moi, passent devant les étiquettes rouges. Une fois les racines nues ou les godets vendus, il n’y a pas de deuxième arrivage avant le printemps suivant. C’est cette rareté programmée, plus que la qualité des plants, qui justifie l’avertissement du vendeur : attendre octobre, c’est risquer de trouver un rayon vide plutôt qu’un rayon soldé.

Mi-septembre à fin octobre, la fenêtre horticole idéale

Le plus étonnant dans cette histoire, c’est que la démarque tombe exactement au meilleur moment pour planter. Les guides horticoles s’accordent sur une règle simple : les vivaces sont idéalement plantées au printemps, de mars à début mai, ou en automne, de fin septembre à octobre, lorsque le sol reste humide et travaillable. Un pépiniériste va plus loin en fixant la fenêtre au printemps de mars à mi-mai et à l’automne de mi-août à fin octobre.

La physiologie de la plante explique ce timing. La croissance racinaire des vivaces et des arbustes a lieu majoritairement en automne, après la période de floraison, alors même que la partie visible semble à l’arrêt. Le sol garde sa chaleur estivale plusieurs semaines, les pluies redeviennent régulières, et la plante s’installe sans subir le stress hydrique d’un été caniculaire.

Résultat concret au printemps suivant : des touffes qui démarrent plus vite et plus fort.

Les nouveaux arrivants du jardin ont plus de chance de s’établir convenablement durant cette période, et fleuriront en beauté même s’ils doivent faire face à des périodes plus sèches durant l’été suivant. Une conseillère horticole citée par une pépinière québécoise confirme cette préférence pour la saison froide plutôt que pour le printemps. Il existe cependant une limite temporelle stricte : beaucoup de jardiniers visent quatre à six semaines avant la première date de gel pour laisser aux racines le temps de s’ancrer.

Toutes les vivaces ne profitent pas de l’automne

La nuance compte, et le vendeur ne l’a pas précisée sur le moment. Les vivaces à floraison printanière, comme les pivoines ou les iris, se plantent de préférence en automne car elles ont besoin d’une période de froid pour initier leur floraison, tandis que les vivaces à floraison estivale et automnale comme les échinacées ou les rudbeckias s’installent mieux au printemps. Acheter une vivace démarquée en septembre sans vérifier sa saison de floraison, c’est parfois planter au mauvais moment malgré le bon prix.

Le type de sol pèse aussi dans la balance. Un sol argileux, lourd et gorgé d’eau l’hiver, ne favorise pas l’enracinement à l’automne, et dans ce cas, mieux vaut stocker le godet sous abri et attendre le printemps plutôt que de le mettre en terre trop tôt. La règle régionale reste simple à retenir : plus l’hiver est doux, plus l’automne est favorable ; plus l’hiver est rigoureux, plus le printemps s’impose.

Un dernier détail change tout au moment de l’achat sur une table soldée : la motte doit rester humide. La motte doit être bien humide au moment de la mise en terre, quelle que soit la saison, ce qui suppose de trier les godets desséchés, souvent nombreux sur les tables de démarque en fin de journée. Un pot qui sonne creux ou dont les racines dépassent largement du trou de drainage vaut moins cher, mais coûtera plus cher en reprise ratée.