Un vendeur du rayon frais, interrogé un matin devant des étals presque intacts, a livré la réponse la plus honnête qui soit : les paniers anti-gaspi ne se remplissent pas à l’ouverture, ils se composent au fil de la journée, avec les invendus qui s’accumulent avant la fermeture. Logique, quand on y pense, mais peu de clients y songent en poussant leur caddie à 9 heures du matin.
À retenir
- Un employé Carrefour révèle l’heure secrète pour trouver les paniers anti-gaspi
- Les invendus ne sont identifiés qu’en fin de journée, rendant les achats matinaux impossibles
- Des millions de paniers vendus chaque année : la compétition s’intensifie à l’heure de pointe
Pourquoi rien n’apparaît avant 17 heures
Le mécanisme est presque mathématique. Un panier anti-gaspi est constitué de produits dont la date limite de consommation tombe le jour même, ou de fruits et légumes abîmés mais encore sains. Or ces produits ne sont identifiés comme « invendus potentiels » qu’en fin de journée, une fois les ventes de la journée écoulées. Carrefour propose ainsi en France des paniers Too Good To Go composés de produits portant la DLC du jour et de fruits et légumes abîmés mais sains. Impossible donc pour un magasin de savoir dès l’ouverture ce qui n’aura pas trouvé preneur.
Sur le terrain, les témoignages de clients confirment ce calendrier serré. Une utilisatrice raconte avoir récupéré un panier à prix réduits (3,99 euros) que j’ai été récupéré à 19h30 à l’accueil du magasin, preuve que le rendez-vous se joue vraiment en soirée, pas au petit matin. Et la fenêtre de tir peut être encore plus étroite qu’on ne l’imagine : certains magasins ne proposent des paniers que 2 à 3 fois par semaine, et d’autres sont en rupture dès 10h du matin, mais dans l’autre sens, c’est-à-dire que les créneaux du soir, une fois ouverts, se vident tout aussi vite.
Un système qui tourne à l’échelle de milliers de magasins
Ce n’est pas un gadget marginal. Carrefour a généralisé le dispositif bien au-delà de quelques enseignes pilotes. Carrefour a annoncé le déploiement de l’application mobile Too Good To Go à l’échelle de tous ses supermarchés Carrefour Market en France, soit 1022 magasins, et l’ampleur a continué de grossir depuis : aujourd’hui, l’enseigne travaille avec Too Good To Go depuis 2019 dans plus de 2 200 magasins Carrefour en France. De quoi couvrir une bonne partie du territoire, à condition d’habiter près d’un point de vente qui joue vraiment le jeu.
Le volume de paniers vendus donne une idée de l’appétit des Français pour ce type d’offre. En 2022, 2 212 039 paniers ont été vendus en France, et l’année suivante, le compteur a grimpé plus haut encore : en 2023, 3 903 888 paniers ont ainsi été vendus en Europe. Cela représente l’équivalent d’un panier acheté toutes les huit secondes, jour et nuit, sur l’ensemble de l’année. Un rythme qui explique aussi pourquoi la concurrence entre clients est parfois rude sur l’application au moment où les stocks du soir apparaissent.
Comment mettre toutes les chances de son côté
Le réflexe à adopter n’est donc pas de vérifier l’application en faisant ses courses matinales, mais de programmer une alerte pour la fin d’après-midi. Concrètement, l’application fonctionne sur un principe simple : il suffit de vous géolocaliser, puis de passer commande avant de venir récupérer le panier aux heures de collecte définies. C’est cette étape de « définition des heures de collecte » qui bloque tout accès matinal : le magasin ne publie son offre qu’une fois les invendus du jour identifiés, généralement en toute fin de service.
Certains commerces proposent même de réserver la veille pour le lendemain, une astuce évoquée par les habitués de Phenix, l’autre application concurrente sur ce créneau : tu peux soit commander le jour-même pour récupérer ton panier le soir, soit, une fois l’heure de collecte terminée, passer commande pour le lendemain. Une flexibilité qui vaut aussi, dans une moindre mesure, pour certains Carrefour partenaires.
Côté prix, la bonne surprise reste constante. Les paniers coûtent en moyenne entre 3,99 € et 5,99 € pour une valeur estimée souvent 2 à 3 fois supérieure. De quoi transformer un sac de fin de journée en petite victoire budgétaire, à condition d’avoir été suffisamment rapide sur l’appli au bon moment.
Le panier « maison » de Carrefour, une alternative moins connue
Ce que peu de clients savent, c’est que Carrefour ne se contente pas de sous-traiter l’anti-gaspi à des applications tierces. L’enseigne a développé son propre dispositif interne, disponible directement en rayon, sans passer par un smartphone. Vendus dans tous les hypermarchés Carrefour et les Carrefour Market, ces paniers anti-gaspi sont composés de fruits et légumes issus de produits conditionnés et/ou en vrac, à un tarif fixe évoqué à plusieurs reprises autour de 3 euros. Là encore, mieux vaut se renseigner sur les horaires de mise en rayon auprès de l’équipe du magasin, car le principe reste le même : on ne recycle pas des produits qui n’ont pas encore eu le temps de devenir des invendus.
Le comptoir dédié, quand il existe, se trouve généralement à l’écart des rayons classiques. Le retrait se fait souvent au comptoir anti-gaspi situé à l’arrière du magasin, un détail qui explique pourquoi tant de clients passent devant sans jamais le repérer. Un dernier chiffre remet les choses en perspective : selon les propres estimations de Carrefour, 430 €, c’est le montant estimé du gaspillage en France, par an et par individu. De quoi donner un peu plus de sens à ce détour du soir, panier réutilisable à la main, plutôt qu’un passage éclair le matin.
Sources : lsa-conso.fr | toogoodtogo.com