« Ce n’est pas le réseau, c’est nous » : ce que ma conseillère m’a répondu devant les frais apparus après mon week-end à Londres

« Ce n’est pas le réseau, c’est nous. » Voilà la phrase que m’a lâchée ma conseillère, un brin gênée, en découvrant les 68 euros hors forfait apparus sur ma facture après un simple week-end à Londres. Deux jours, trois quartiers visités, quelques stories Instagram et une appli de plan de métro : rien d’extraordinaire. Mais mon opérateur, lui, avait une autre lecture des choses.

La raison tient en un mot : Brexit. Depuis que le Royaume-Uni a quitté l’Union européenne, la donne a changé pour tous les voyageurs français munis d’un forfait mobile classique, et beaucoup l’ignorent encore.

À retenir

  • Pourquoi votre conseillère a raison… mais pour les mauvaises raisons
  • Le piège invisible qui gonfle votre note pendant que vous dormez
  • Cette protection légale qui disparaît à la douane britannique

Pourquoi Londres n’est plus « comme la France »

Avant 2021, traverser la Manche avec son téléphone ne posait aucun problème : les règles européennes sur le « roaming like at home » s’appliquaient automatiquement. Aujourd’hui, la situation est différente. Depuis le 1er janvier 2021, le Royaume-Uni ne fait plus partie de l’Union européenne et est considéré comme un pays tiers au sens de la réglementation européenne relative au « roaming like at home ». Concrètement, ça veut dire que ce n’est plus une obligation légale pour les opérateurs de vous laisser utiliser votre forfait outre-Manche sans surcoût. Toutefois, les opérateurs peuvent volontairement choisir de maintenir la suppression des frais d’itinérance pour leurs clients français en voyage au Royaume-Uni.

C’est là que le bât blesse : « volontairement » ne veut pas dire « sans limite ». L’Institut national de la consommation le rappelle noir sur blanc : le Royaume-Uni ne faisant plus partie de l’Union européenne, l’itinérance aux tarifs nationaux ne s’applique pas. Et surtout, il y a une protection qui saute discrètement au passage de la frontière britannique. En zone euro, votre opérateur est tenu également de bloquer votre connexion Internet lorsque la facture atteint 50 € HT. Ce filet de sécurité, souvent méconnu mais rassurant quand on voyage en Espagne ou en Allemagne, ne s’applique tout simplement pas au Royaume-Uni. personne n’est légalement tenu de couper votre connexion avant que la facture ne s’envole.

Ce que font réellement Orange, SFR, Bouygues et Free

Dans les faits, les quatre grands opérateurs français ont choisi de jouer la carte de la continuité. Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free ont décidé d’inclure le Royaume-Uni dans leurs offres de roaming « type Europe ». Bonne nouvelle en apparence. Le problème, c’est que cette inclusion se fait toujours avec un plafond de data, et ce plafond varie fortement selon le forfait souscrit. Bouygues Telecom et B&You appliquent une enveloppe d’environ 10 Go, tandis que Free Mobile propose 35 Go par mois au Royaume-Uni dans son forfait à 19,99 €, au-delà la data étant facturée.

Et ce plafond n’a rien d’une formalité administrative : il est directement rogné sur votre enveloppe France, un mécanisme que peu de clients ont en tête au moment de filmer leur passage devant Big Ben. Certains opérateurs sont même allés plus loin récemment : depuis le 31 mars 2026, Free propose le forfait Free Max, premier forfait mobile avec data illimitée à l’étranger dans 121 destinations dont le Royaume-Uni, une option qui évite de surveiller sa consommation pendant le séjour. Un forfait haut de gamme qui règle le problème, mais qui ne concerne évidemment pas tous les abonnés, loin de là.

Les pièges qui font gonfler la note en silence

Mon cas n’est pas isolé, loin s’en faut. Sur les forums d’opérateurs, les témoignages de factures salées se multiplient. Un abonné Sosh raconte ainsi avoir découvert une facture hors forfait à 105 euros après un simple voyage en Angleterre. Et le mécanisme qui déclenche ce genre de surprise est souvent invisible à l’œil nu : ce sont les applications qui tournent en tâche de fond. Les mises à jour et les sauvegardes en arrière-plan sont la première cause de facture hors forfait. Votre téléphone continue de synchroniser vos photos, de vérifier les mails, de mettre à jour ses applis pendant que vous dormez à l’hôtel, et chaque mégaoctet compte.

D’autres frais, plus sournois encore, s’ajoutent sans qu’on les voie venir. Chez certains opérateurs, un SMS envoyé coûte 0,27 € et un MMS reçu 0,76 €, même si vous ne l’ouvrez pas. Il y a aussi un piège spécifique à la traversée elle-même : si vous prenez le ferry pour rejoindre l’Angleterre, sachez qu’à bord, il y a un réseau satellitaire qui n’est pas inclus dans le forfait, même quand l’itinérance sur la terre ferme britannique est bien comprise dans votre offre. Une info qui n’a rien d’intuitif et que personne ne pense à vérifier avant d’embarquer.

Face à ce genre de flou, ma conseillère n’avait pas tort sur le fond : le réseau britannique fonctionnait très bien, la 4G était fluide à Londres. Le vrai coupable, c’était bien la politique tarifaire de mon propre opérateur, qui m’avait fait basculer en hors forfait sans alerte suffisamment claire.

Ce qu’il faut vérifier avant de repartir à Londres

La parade la plus simple reste de consulter son contrat avant le départ plutôt qu’après la facture. Trois réflexes suffisent : vérifier le SMS de bienvenue reçu à l’atterrissage à Heathrow ou à la sortie de l’Eurostar, désactiver la data en itinérance pour les usages non essentiels, et surveiller son enveloppe si elle tourne autour de 10 ou 35 Go selon l’opérateur. Vérifiez toujours votre SMS de bienvenue à Londres : c’est souvent le seul document qui indique noir sur blanc le plafond exact et le tarif au-delà.

Un détail mérite d’être gardé en tête pour la suite : les tarifs de gros européens qui encadrent le roaming dans l’UE, eux, sont en train de baisser, le plafond passant de 1,30 euro par gigaoctet en 2025 à 1 euro par gigaoctet à partir de 2027. Mais cette bonne nouvelle ne concerne que les 27 pays membres. Pour le Royaume-Uni, aucune baisse réglementaire n’est prévue, puisqu’aucune règle ne s’y applique déjà. Tant que Bruxelles et Londres n’auront pas négocié un accord spécifique sur l’itinérance, chaque week-end à Londres restera, pour votre forfait, une zone à part.