« Vous n’avez qu’à le demander » : ce que ma conseillère m’a répondu quand j’ai pointé les 24 € prélevés sur mon compte en un an

Vingt-quatre euros. C’est la somme qui s’est affichée noir sur blanc quand j’ai fait défiler mon relevé annuel de frais bancaires, ce document que la plupart des clients reçoivent chaque début d’année et que la plupart ignorent superbement. Vingt-quatre euros de frais de tenue de compte, prélevés sans bruit, mois après mois, pour un service que je n’avais jamais demandé. En face-à-face avec ma conseillère, j’ai posé la question bête qu’on n’ose jamais poser : à quoi ça sert, concrètement ? Sa réponse a été aussi simple que déstabilisante : « Vous n’avez qu’à le demander. »

À retenir

  • Votre banque vous facture un service dont vous ignoriez l’existence
  • Ces frais ont augmenté de 90 % en 6 ans chez certains établissements
  • Une simple demande au conseiller peut suffire à les faire disparaître

Ce que révèle vraiment ce chiffre de 24 euros

Mon cas n’a rien d’exceptionnel. Le coût moyen annuel de ces frais est désormais estimé à 24,64 € par l’association de défense des consommateurs CLCV. j’étais tombé pile dans la moyenne nationale, sans le savoir, sans l’avoir choisi. Et cette moyenne grimpe d’année en année : selon une étude 2026 portant sur 99 banques françaises, ces frais ont augmenté en moyenne de 5,9 % en un an, passant de 22,10€ à 23,40€ par compte. Une hausse qui paraît anodine isolément, mais qui s’inscrit dans une tendance de fond bien plus lourde.

Regardez ce qui s’est passé à La Banque Postale, un cas d’école cité par plusieurs comparateurs : la facture annuelle a bondi de 13,20€ en 2020 à 25,20€ en 2026, soit une hausse de 90 % en six ans. Presque un doublement, pour un service de « gestion administrative » qui n’a, à ma connaissance, jamais changé de nature. Certaines caisses régionales dépassent même largement ce niveau : le Crédit Mutuel de Bretagne (35,88€) ou BNP Paribas (31,20€) dépassent la barre des 30€ par an, quand d’autres restent gratuites. L’écart entre deux clients, selon leur banque, peut donc friser les 40 euros pour une ligne tarifaire strictement identique sur le papier.

Pourquoi personne ne conteste jamais rien

Le paradoxe, c’est que cette hausse continue se produit alors même que les banques demandent de moins en moins de travail administratif à leurs équipes, les clients gérant l’essentiel en ligne. Une porte-parole du comparateur Panorabanques ne mâche d’ailleurs pas ses mots sur ce point : justifier ces frais par la gestion administrative et technique est discutable à l’heure de la digitalisation. Et pour cause, jusqu’aux années 2000, les brochures tarifaires ne mentionnaient pas de frais de tenue de compte, la gestion d’un compte courant actif était alors gratuite. Cette ligne de frais est une invention récente, apparue au début des années 2010, qui s’est imposée sans qu’on nous demande vraiment notre avis.

Ce qui frappe surtout, c’est le silence qui entoure ces montants. Peu de clients relisent leur relevé annuel de frais, ce document pourtant obligatoire que chaque banque doit envoyer. Ce relevé annuel de frais bancaire recense l’ensemble des coûts réglés à sa banque sur l’année, et il est indispensable de le consulter. Dans mon cas, ces 24 euros n’étaient qu’une ligne parmi d’autres sur un total qui, mis bout à bout avec la carte et les autres services, dépasse largement les 190 euros annuels pour un client lambda dans une banque de réseau.

Ce qui s’est réellement passé quand j’ai demandé

Face à ma question, ma conseillère n’a pas cherché à justifier le montant. Elle a simplement ouvert son logiciel et vérifié si mon profil correspondait à une des conditions d’exonération. C’est là que j’ai compris que la négociation, loin d’être un privilège de client fortuné, relève souvent d’une simple case à cocher que personne ne pense à demander. Certaines banques appliquent d’ailleurs des règles très concrètes : chez LCL, il est possible d’éviter ces frais en domiciliant ses revenus sur le compte, à défaut de quoi la banque facture 40 € aux clients qui ne remplissent pas cette condition. Ailleurs, la gratuité dépend d’un nombre minimal d’opérations créditrices dans l’année.

Un conseiller de clientèle a, dans la plupart des réseaux, une petite marge de manœuvre commerciale qu’il n’active jamais spontanément, tout simplement parce que la banque n’a aucun intérêt à le faire. Le rapport de force s’inverse dès que le client montre qu’il a comparé les offres concurrentes. C’est un point que confirment plusieurs experts du secteur : un appel au conseiller, en évoquant une offre concurrente plus avantageuse, suffit parfois à obtenir une remise sur la cotisation carte ou la suppression des frais de tenue de compte pendant un an, car les banques traditionnelles préfèrent souvent accorder un geste commercial plutôt que de voir un compte se fermer. Mais attention, ce geste n’est jamais acquis pour toujours : une remise obtenue à l’oral n’est pas toujours reconduite l’année suivante et il vaut mieux la demander par écrit ou par message sécurisé pour en garder une trace.

Négocier ou changer de banque, le vrai calcul à faire

Reste une question plus large que mes 24 euros personnels : jusqu’où vaut-il la peine de se battre ? Toutes les banques en ligne, elles, contournent purement et simplement le problème. Plusieurs banques en ligne comme Boursobank, Fortuneo, et Hello bank ne facturent pas ces frais, tout comme certaines banques de réseau telles que le Crédit coopératif et le Crédit Agricole Normandie Seine. Face à un conseiller qui refuse tout geste, changer d’établissement redevient l’option la plus rationnelle, d’autant que la mobilité bancaire est aujourd’hui largement automatisée : la nouvelle banque se charge elle-même de transférer prélèvements et virements récurrents.

Ma conversation avec ma conseillère m’a coûté dix minutes et rapporté une exonération pour l’année en cours. Un bon calcul, sur le papier. Mais le vrai enseignement tient en une phrase, presque gênante à admettre : ces frais ne sont jamais négociés par défaut, ils attendent simplement qu’on ose ouvrir la bouche. La prochaine fois que vous recevrez votre relevé annuel, gardez en tête que ce montant qui semble gravé dans le marbre tarifaire est, pour beaucoup de banques, une base de discussion et non une fatalité.