Même compteur Linky, même fournisseur historique, même consommation annuelle au kWh près. Et pourtant, sur la facture de l’année, l’écart est là : 94 € de différence entre deux voisines qui pensaient payer exactement le même prix pour la même électricité. Le coupable ne se cache pas dans le prix du kilowattheure, identique pour les deux. Il se cache dans une ligne du contrat que presque personne ne regarde : la puissance souscrite, exprimée en kVA.
Cette puissance, c’est la quantité maximale d’électricité que le compteur peut délivrer en même temps à tous les appareils du logement. Elle se mesure en kilovoltampères et correspond à la quantité maximale d’électricité que le compteur peut délivrer simultanément à tous les appareils, et plus elle est élevée, plus l’abonnement augmente, même si on ne consomme pas tout ce potentiel. Deux foyers voisins, avec le même mode de vie, peuvent très bien avoir souscrit des puissances différentes lors de leur installation, souvent sans même s’en rendre compte, et continuer à payer cet écart pendant des années sans jamais le remettre en question.
À retenir
- Deux factures identiques en apparence, un écart de 94 € caché dans les détails du contrat
- 56 % des Français paient pour une puissance électrique qu’ils n’utilisent jamais vraiment
- Un réajustement gratuit pourrait faire économiser 26 € par an sans effort
La ligne qui change tout : la puissance souscrite
L’abonnement d’électricité se compose d’une part fixe, calculée sur cette puissance, et d’une part variable, liée au kWh consommé. Or c’est bien la part fixe qui diverge d’un contrat à l’autre. La part fixe de la facture, l’abonnement, dépend directement de la puissance souscrite exprimée en kVA, et plus la puissance est élevée, plus l’abonnement annuel est cher. Le prix du kilowattheure, lui, ne bouge quasiment pas d’un palier à l’autre : il reste autour de 0,194 € au tarif réglementé, la puissance ne jouant donc que sur la part fixe, jamais sur le volume d’électricité facturé.
Concrètement, l’écart entre deux paliers suffit à expliquer une bonne partie du fameux différentiel de 94 €. Passer de 9 à 6 kVA fait ainsi économiser 46,92 € par an sur l’abonnement, à consommation identique. Il suffit donc que la voisine soit restée sur un contrat calibré à 9 kVA quand l’autre a basculé à 6 kVA, ou qu’un écart de deux paliers se soit installé au fil des déménagements et des changements de fournisseur, pour que la facture grimpe sans qu’aucune ampoule supplémentaire n’ait été allumée. D’autres estimations évoquent des montants proches : un ménage qui passe de 9 kVA à 6 kVA peut économiser 40 € par an selon la grille tarifaire d’EDF.
Un compteur sur deux mal réglé, et personne ne s’en aperçoit
Le plus troublant, c’est que ce genre d’écart ne relève pas de l’anecdote isolée. Selon Octopus Energy, 56 % des Français équipés d’un Linky ont une puissance trop haute, plus d’un foyer sur deux paie tous les mois pour une marge de confort qui ne lui sert pas. Un phénomène déjà signalé il y a plusieurs années au niveau institutionnel : plus de la moitié des consommateurs d’électricité disposent d’un abonnement mal adapté à leur consommation réelle, avec 5 millions de foyers qui paient un abonnement trop élevé par rapport à leurs besoins.
La raison est presque toujours la même : un contrat souscrit une fois, il y a des années, pour un logement dont les usages ont changé depuis. Un enfant qui part, un chauffage remplacé, une vieille habitude de sécurité (« on prend large, au cas où ») jamais réajustée. Ce réglage, qui prend à peine un instant, peut faire économiser en moyenne 26 € par an sans changer ses habitudes de consommation. Modeste à l’échelle d’un mois, mais qui s’additionne à d’autres écarts (option tarifaire, mensualisation, offre de marché plutôt que tarif réglementé) pour former un delta à trois chiffres entre deux foyers en tout point comparables.
Vérifier sa propre ligne de contrat, sans se planter
La bonne nouvelle, c’est que le diagnostic ne demande ni technicien ni rendez-vous. Pour vérifier sa puissance souscrite, il suffit d’utiliser l’écran du compteur Linky en appuyant sur le bouton « + » pour faire défiler les informations, la puissance actuelle s’affichant clairement, et si elle ne correspond pas aux besoins réels, il faut contacter son fournisseur pour demander une modification vers un palier adapté. Les paliers courants restent 3, 6, 9 ou 12 kVA, et la démarche est possible directement en ligne via l’espace client chez plusieurs fournisseurs.
Un détail à ne pas zapper avant de se réjouir trop vite : baisser d’un cran ne convient pas à tout le monde. Si on ne dépasse jamais 5 ou 6 kVA sur douze mois, la baisse est sûre ; sinon, mieux vaut garder sa puissance actuelle. Le cas typique : un studio ou un petit logement chauffé au gaz peut se contenter de 3 kVA, alors qu’une maison tout électrique avec climatisation a plutôt intérêt à conserver 9 ou 12 kVA. Descendre trop bas expose à des disjonctions à répétition, ce qui annule largement le gain financier en confort perdu.
L’autre ligne à surveiller, souvent confondue avec la puissance, c’est l’option tarifaire elle-même. Le coût de l’abonnement est systématiquement plus élevé en option heures pleines / heures creuses qu’en option base, ce qui signifie qu’un foyer qui ne décale pas sa consommation la nuit paie un abonnement plus lourd pour un avantage qu’il n’exploite jamais. Ces grilles ne sont pas figées dans le marbre : le tarif réglementé de vente est réévalué deux fois par an, en février et en août, en fonction des coûts de production, de transport et de distribution. Un contrat vérifié en 2023 peut donc être totalement décalé par rapport à la grille d’août 2026, sans qu’aucun courrier explicite ne soit venu le signaler. Autant dire qu’un coup d’œil annuel à cette ligne, juste après chaque révision de la CRE, coûte cinq minutes et peut valoir largement plus que 94 € sur la durée.
Sources : letribunaldunet.fr | gridlabs.fr