0,80 € pour toi, zéro pour lui. Même montant, même jour, même type d’opération, deux banques différentes et un écart qui n’a plus rien de logique depuis un moment. Ce n’est pas une fatalité tarifaire, c’est très probablement une anomalie que ta banque aurait dû corriger. Le règlement européen sur les virements instantanés a changé la donne, et si ton relevé affiche encore cette ligne, il y a de fortes chances que tu paies pour un service que la loi impose désormais gratuit.
À retenir
- Une ligne tarifaire fantôme que votre banque aurait dû supprimer il y a plus d’un an
- Deux frères, deux banques, deux factures : la différence n’est pas du hasard
- La loi européenne vous donne un argument irréfutable pour exiger un remboursement
Ce que dit précisément le règlement européen
Le texte qui a tout changé s’appelle le règlement UE 2024/886, adopté par le Parlement européen. Cette gratuité résulte du règlement EU 2024/886 adopté par le Parlement européen le 13 mars 2024, dont l’article 5 ter dispose que les frais facturés pour l’envoi et la réception de virements instantanés ne doivent pas être supérieurs aux frais facturés pour d’autres virements d’un type correspondant. En clair : une banque n’a pas le droit de faire payer plus cher un virement instantané qu’un virement classique.
Le calendrier s’est déroulé en deux temps, et c’est souvent là que le bât blesse. Le règlement, publié au Journal Officiel européen le 19 mars 2024, impose deux obligations majeures : la première, entrée en vigueur le 9 janvier 2025, oblige toutes les banques à recevoir les virements SEPA instantanés ; la seconde, entrée en vigueur le 9 octobre 2025, les oblige à émettre ces virements à un tarif qui ne peut être supérieur à celui d’un virement SEPA classique. Comme le SEPA est l’espace unique de paiement en euros comprenant les pays de l’Union européenne, plus l’Islande, la Norvège, le Liechtenstein, la Suisse, Andorre, Monaco, San-Marin, le Vatican et le Royaume-Uni, cette règle s’applique partout, sans exception géographique. Et puisqu’en France les virements classiques réalisés en ligne sont gratuits depuis longtemps, la conséquence est mécanique : les virements classiques effectués en ligne sont généralement gratuits, et c’est désormais également le cas des virements instantanés depuis le 9 janvier 2025.
La ligne oubliée : deux explications possibles
Si ton frère ne paie rien et toi si, deux scénarios se dessinent, et aucun n’est franchement à ton avantage. Le premier, le plus probable : ta banque n’a tout simplement pas mis à jour sa grille tarifaire. Ce n’est pas une théorie du complot, c’est un phénomène documenté. Plusieurs témoignages recensés ces derniers mois racontent la même mésaventure. Un euro, prélevé sans un mot d’explication, à chaque virement instantané passé depuis son compte, une ligne discrète sur le relevé bancaire passée pour une fatalité tarifaire pendant des mois. certains établissements ont laissé traîner une ligne de facturation qui aurait dû disparaître de leur brochure tarifaire au 9 janvier 2025, puis définitivement au 9 octobre 2025.
Le second scénario tient au canal utilisé pour faire l’opération, et c’est là que la nuance devient intéressante. La gratuité totale ne concerne que les virements initiés en ligne ou sur mobile, comme le fait probablement ton frère depuis son application. Mais si tu passes par un conseiller, au guichet ou par téléphone, la note grimpe encore sérieusement. Les virements instantanés initiés avec l’aide d’un conseiller restent généralement payants : 4,84 euros en moyenne dans les 86 banques proposant et facturant ce service. Un autre comparatif confirme cet écart de traitement selon le canal : bien qu’il n’y ait pas de tarif fixe, en France l’émission de virements instantanés est généralement facturée entre 0,50 et 1 euro, mais si l’ordre est passé par l’intermédiaire d’un conseiller, par téléphone ou en agence, le coût varie jusqu’à 6 euros. Ton 0,80 € pourrait donc correspondre à un ancien tarif d’émission maintenu par erreur, ou à une opération passée via un canal non couvert par la gratuité automatique.
Pourquoi cette différence persiste encore en 2026
On pourrait croire qu’un an et demi après l’entrée en vigueur du texte, toutes les banques auraient harmonisé leurs pratiques. Ce n’est pas tout à fait le cas. Certains réseaux traditionnels traînent des pieds, quand les banques en ligne ont, elles, immédiatement joué le jeu de la gratuité totale. En pratique en 2026, les virements sont gratuits jusqu’à 15 000 € par opération chez les banques en ligne comme BoursoBank, Fortuneo, Hello bank! ou Monabanq, parfois plafonnés à 5 000 € par jour chez certaines banques traditionnelles via un filtrage anti-fraude. Si ton frère est chez une banque en ligne et toi dans un réseau physique, l’écart de tarification peut simplement refléter une politique commerciale plus prudente côté banque traditionnelle, doublée d’un oubli administratif sur la grille tarifaire.
Il faut aussi noter que cette gratuité ne s’applique pas à tous les types de virements sans distinction. Le virement instantané gratuit est devenu une obligation européenne depuis octobre 2025, mais en pratique, toutes les banques françaises n’appliquent pas la règle de la même manière en 2026, entre plafonds, exclusions et frais cachés. Certaines conditionnent encore la gratuité à une initiation strictement digitale, ce qui explique pourquoi deux frères, deux comptes, deux habitudes d’usage peuvent aboutir à deux factures radicalement différentes pour un service en théorie identique.
Comment récupérer ce qui t’a été prélevé
La bonne nouvelle, c’est que ce prélèvement n’a plus aucune base légale s’il concerne un virement classique en ligne ou sur mobile. La marche à suivre est simple : rassemble tes relevés bancaires des derniers mois, repère chaque ligne « virement instantané » facturée, et adresse une réclamation écrite à ta banque en citant le règlement UE 2024/886. Cette facturation était tout simplement illégale depuis le 9 janvier 2025 pour les virements instantanés reçus, une gratuité qui résulte du règlement UE 2024/886 adopté par le Parlement européen le 13 mars 2024. Si ta banque traîne des pieds, le médiateur bancaire reste ton recours, gratuit et souvent efficace en quelques semaines.
Un détail mérite d’être vérifié avant toute réclamation : le mode d’envoi de ton virement. Si tu passes systématiquement par un conseiller ou l’agence quand ton frère utilise l’appli, la différence de tarif est légale, aussi frustrante soit-elle. Dans ce cas, le vrai geste malin n’est pas de contester, mais de changer d’habitude : basculer sur mobile suffit souvent à effacer ces 0,80 € pour de bon.
Source : esspace.fr