0,126 € le kWh brûlé cet hiver contre 0,135 € celui de septembre : ce qui sépare les deux ne se voit que sur une ligne de mon contrat de gaz

Sur le papier, la formule choque : un kilowattheure de gaz payé 0,126 € en plein hiver, alors qu’il grimpe à 0,135 € dès la rentrée de septembre. Logiquement, c’est l’inverse qui devrait se produire, le chauffage qui tourne à plein régime fait généralement flamber les prix. Mais le marché du gaz, en 2026, joue une partition inhabituelle, et la différence entre les deux tarifs tient à une seule ligne de votre contrat : la formule d’indexation.

À retenir

  • Septembre affiche un pic tarifaire inexplicable en pleine rentrée, contrairement aux attentes saisonnières habituelles
  • Les marchés à terme négocient l’hiver 2026-2027 à des prix nettement inférieurs, mais avec un délai de répercussion
  • Votre formule d’indexation, une simple ligne du contrat, détermine si vous subissez ou échappez à ces variations

Le choc de septembre s’explique par un blocage à l’autre bout du monde

Le prix repère du gaz publié par la Commission de régulation de l’énergie ne bouge jamais sans raison. Pour septembre 2026, la hausse est franche : la CRE l’a fixé le 10 août à 172,05 euros TTC par mégawattheure, à compter du 1er septembre 2026, soit 5,6 % de plus qu’en août, pour les six millions de Français abonnés à une offre indexée. Ramené au kWh chauffage, cela donne un prix autour de 0,134 €, tout près du seuil symbolique de 0,135 € évoqué en ouverture.

Cette flambée n’a rien de saisonnier. Cette augmentation, qui concerne 6 millions de ménages français ayant souscrit une offre indexée, découle directement de la flambée des marchés de gros européens provoquée par le blocage du détroit d’Ormuz depuis le 28 février 2026. Un événement géopolitique à des milliers de kilomètres qui percute directement le compteur de votre cuisine. Des marchés de gros européens à la formation du prix repère français, en passant par un conflit géopolitique qui paralyse 20% des exportations mondiales de gaz naturel liquéfié, la mécanique de transmission est longue mais redoutablement efficace.

Le marché à terme, lui, parie sur un hiver plus calme

C’est là que l’histoire devient intéressante. Pendant que le contrat de gaz pour livraison immédiate en septembre s’envole, les cotations pour l’hiver suivant racontent une tout autre histoire. L’hiver 2026-2027 se négocie à 52,83 €/MWh, soit 4,5 % de moins que le contrat du mois prochain, ce qui traduit une courbe plutôt apaisée à court terme. les traders qui achètent aujourd’hui du gaz pour janvier ou février paient moins cher que ceux qui en achètent pour septembre.

Ce n’est pas un accident isolé. Plusieurs relevés de marché confirment la tendance sur les semaines précédentes : l’hiver 2026-2027 se négocie à 55,41 €/MWh, soit -4,4 % par rapport au contrat du mois prochain, la courbe à terme restant ensuite orientée vers la détente. Et sur un horizon plus lointain, l’écart se creuse encore davantage : le contrat Septembre 2026 se traite à 55,32 €/MWh, tandis que l’Année 2027 se négocie déjà à 39,89 €/MWh, soit environ 28 % en dessous de l’échéance proche. Le pic de septembre ressemble donc à un accident de parcours, pas à une nouvelle norme.

La ligne qui fait toute la différence : votre clause d’indexation

Voilà le nœud du problème. Deux foyers voisins, même consommation, même fournisseur historique, peuvent payer des prix radicalement différents cet hiver selon une seule mention inscrite dans leurs conditions générales. Certains contrats sont indexés directement sur le prix repère mensuel de la CRE (le fameux PRVG), révisé chaque premier du mois. D’autres suivent une formule liée aux cotations du marché de gros, avec un délai de répercussion. La baisse ou la hausse du PEG finit par entrer dans le prix repère avec un décalage d’environ deux mois. Ce décalage explique pourquoi la détente observée aujourd’hui sur les contrats à terme pour l’hiver ne se traduira dans les factures que plus tard, une fois la flambée de septembre digérée.

Cette mécanique ne concerne pas tout le monde de la même façon. Seuls 60% des abonnés résidentiels français, soit environ 6 millions de ménages, ont souscrit ces offres indexées et subissent donc directement les variations mensuelles. Les autres, sous contrat à prix fixe, ne verront ni le pic de septembre ni la potentielle accalmie hivernale. Bonne nouvelle pour le porte-monnaie sur la partie fixe de la facture : l’abonnement reste stable à 360,79 € par an pour le chauffage et 152,46 € pour la cuisson/eau chaude, ce sont donc surtout les consommations effectives qui vont peser davantage sur la facture. C’est bien la ligne « prix du kWh », et non celle de l’abonnement, qui absorbe tout le choc.

Que faire avant que le thermostat ne remonte

Regarder sa facture de gaz comme on lit un bulletin météo, voilà l’exercice auquel septembre 2026 invite. Si votre contrat suit le prix repère mensuel, la hausse de la rentrée est déjà actée, impossible d’y échapper avant octobre. En revanche, rien n’empêche de comparer les offres à prix fixe bloqué avant l’hiver, histoire de sécuriser un tarif pendant que le marché à terme affiche encore une décote sur les mois froids. Le Médiateur national de l’énergie rappelle d’ailleurs que les offres à prix indexés sur le prix repère sont moins risquées que les offres avec d’autres formules d’indexation sur les prix du marché, un repère utile avant de signer quoi que ce soit.

Reste une inconnue de taille : la durée du blocage du détroit d’Ormuz. Tant que cette tension géopolitique pèse sur les cargaisons de gaz naturel liquéfié, les prévisions de détente hivernale pourraient elles-mêmes se retourner d’un mois sur l’autre. La seule certitude, pour l’instant, c’est que la ligne « formule de prix » de votre contrat mérite un coup d’œil avant que la chaudière ne se remette à tourner à plein régime.